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Dossier: Lumière bleue

Deux ans de protection contre la lumière bleue: progrès ou non-sens ?

Depuis deux ans déjà des traitements protégeant de la lumière bleue sont commercialisés sur lunettes. Sous prétexte d’un mieux pour la santé - régulation du rythme du sommeil et amélioration de l’humeur - ce traitement
est maintenant vendu à de nombreux porteurs de lunettes. Mais que se cache-t-il vraiment derrière cet argumentaire ?
• Quels sont les réels bénéfices de la lumière bleue ?
• Quels sont les bons arguments pour vendre ces filtres, lorsqu’ils s’avèrent utiles pour l’utilisateur ?
Des réponses dans ce dossier.

Les (faux) dangers de la lumière bleue

Il est de plus en plus fréquent de lire dans les médias des affirmations alarmantes au sujet de la lumière bleue.

Ces dernières années on a vu par exemple qu’« Il y a de fortes indications que la lumière bleue peut irrémédiablement endommager vos yeux. » ou encore que « Les dommages causés par la lumière bleue (appelée photorétinite) sont des dommages photochimiques : les radiations provoquent des réactions chimiques qui endommagent la tache jaune de la rétine. Ce dommage est appelé dégénérescence
maculaire et est définitif. »

Le problème aurait pour origine la proportion importante de lumière bleue émise par les écrans d’ordinateurs, de téléphones, et de tablettes. L’utilisation accrue de ces appareils augmenterait notre exposition à ce type de lumière.

Mais la lumière bleue est-elle si dangereuse ?

Des chercheurs ont montré que la quantité de lumière bleue reçue en une heure lorsque l’on se trouve en plein air équivaut à 30 h (!) d’exposition à un écran de bureau. Autrement dit, en passant 1 heure à travailler sur un écran, vous vous exposez en moyenne 30 fois moins à la lumière bleue que si vous étiez sorti dans le jardin.

Alors pourquoi ces cris d’orfraie ? Et bien probablement des recherches s’intéressant à la nocivité de la lumière bleue sur la rétine des animaux. Ces études ont montré qu’exposer la rétine, sur une région donnée, à une lumière bleue de haute intensité, durant un temps long, provoque des modifications irréversibles.
Toutefois, il en est de même lorsque l’on regarde directement le soleil. Si vous le fixez brièvement et sans protection, l’oeil peut le supporter. Mais si vous le regardez trop longtemps - par exemple lors d’une éclipse - vous allez endommager de façon permanente votre rétine - c’est ce qu’on appelle la photorétinite.

“Pour notre cerveau, le clignotement à basse fréquence est moins dérangeant que le clignotement stroboscopique.”

On peut donc comprendre qu’une exposition longue de la rétine à une lumière bleue d’intensité élevée peut effectivement causer des dommages, mais puisqu’aucun appareil numérique n’agit pas de cette manière sur l’oeil, il fort peu probable que cela se produise face à un écran.

À vrai dire, la lumière bleue est même indispensable pour se sentir bien et rester éveillé : elle induit la production de la sérotonine - l’hormone du bonheur - et affecte notre rythme biologique. Ce qui explique qu’elle ait une influence sur le sommeil : face aux écrans à des horaires non adéquats, notre cerveau reçoit une dose de lumière bleue qui a tendance à le maintenir éveillé. Nous dormons alors moins bien.
Pourtant, certaines personnes se plaignent bien d’une fatigue des yeux pendant ou après l’utilisation d’appareils numériques.

Pourquoi alors ces symptômes ? Il s’agit en réalité de plaintes asthénopes ou d’asthénopie, souvent aujourd’hui connu sous le nom de « Digital Eye Strain » ou « Digital Eye Fatique ».

Les yeux ne peuvent, à proprement parler, pas se fatiguer ni être tendus : chez un individu en bonne santé, les muscles de l’oeil et autour de l’oeil - tout comme le muscle cardiaque - ne se fatiguent jamais. Cependant, les manifestations de l’asthénopie sont ressenties comme une forme de fatigue oculaire, bien que cette sensation ne corresponde pas au mécanisme sous-jacent.

Alors à quoi est due l’asthénopie ? Elle peut être d’origines diverses : une correction incorrecte des verres, lunettes mal centrées (par exemple avec des lunettes de lecture prémontées), cause médicale. Toutefois, la principale cause d’asthénopie - en augmentation ces dernières années - est l’utilisation de moniteurs. Déjà dans les années 1970 des recherches s’intéressaient aux plaintes liées à l’utilisation des écrans. Un moniteur, même si l’on ne le
perçoit pas, fournit une image clignotante.

Combiné à la distance « non naturelle » à laquelle il se trouve (60 cm pour un pc/une tablette, 30 cm pour un téléphone), notre cerveau devient fou.

Pour obtenir une image stable et interprétable, notre cerveau va « stagner », réduisant par la même occasion la fréquence de clignement des yeux jusqu’à 5 fois. L’oeil a alors tendance à s’assécher, ce qui ne simplifie pas la tâche du cerveau qui doit encore fournir un effort supplémentaire.

Heureusement, votre corps est capable de supporter beaucoup de choses, et vous pouvez sans problème rester environ 2 heures face à un écran. Seulement aujourd’hui, la charge de travail qui nous est imposée nous a appris à ignorer l’inconfort induit afin de poursuivre nos activités.

Le résultat : en fin de journée, certains se plaignent d’asthénopie. L’évolution des technologies d’écran provoque également plus de plaintes. Les écrans LCD LED fournissent une image plus nette, mais clignotent de manière stroboscopique, ce qui est beaucoup plus désagréablement que le scintillement des anciens écrans CRT.

Et la lumière bleue dans tout ça ? Et bien elle n’a rien à voir avec l’asthénopie. Il suffit donc, pour éviter les effets négatifs de ce type de lumière, de ne pas utiliser d’écran - tablette, téléphone, télévision - le soir
avant d’aller dormir.

Malheureusement, comme beaucoup de gens, je ne m’y fais pas et regarde toujours la télé ou mon iPad avant de m’endormir.
Laurens-Jan Merkx
Optométriste

Pourquoi alors vendre des traitements filtrants bleus ?

Il est clair, par conséquent, que la vente de ces traitements ne devrait pas être motivée par une crainte liée à la santé des yeux, car il n’existe aucune preuve scientifique pour le moment ! Dans l’industrie alimentaire, il est d’ailleurs interdit de vanter les mérites d’un produit sur la santé si cela n’a pas été prouvé. Prenez l’exemple célèbre de ces yaourts très populaires contenant des bactéries. Ils étaient au départ vendus comme particulièrement bons pour le système digestif. Cependant, puisqu’il n’a pas été démontré qu’ils aient réellement cette propriété et de manière plus importante que les yaourts conventionnels, le producteur a été contraint de ne plus citer cet argument dans ses publicités. Ils sont maintenant vendus comme contenant des bactéries capables d’arriver vivantes dans les intestins.
L’éthique de notre profession nous impose donc d’agir avec la même honnêteté et de faire l’éloge de nos produits avec les bons arguments.

Qu’a-t-on pu prouver scientifiquement ?

  • La quantité de lumière bleue à laquelle nous sommes exposés affecte notre sommeil. Il est donc conseillé de recommander ces filtres comme un moyen d’agir positivement sur le sommeil, en particulier sur la phase d’endormissement.

  • L’utilisation de l’écran sans interruption durant de longues périodes fait travailler les yeux, dans une certaine mesure, en raison de sa forte luminosité. Il est donc conseillé de recommander ces filtres pour adoucir l’image des écrans. Même si cela peut être personnalisé par un réglage correct de l’écran.

Gardez donc à l’esprit que tout le monde n’est pas servi par ce type de filtres. Certaines personnes n’éprouvent aucun changement dans leur confort visuel ; d’autres trouvent même le filtre gênant. L’idéal est de disposer d’un échantillon dans votre magasin qui permet à vos clients de tester.
Laissez-les expérimenter si ce type de filtre leur est agréable. Vous verrez, la moitié des clients achèteront ce filtre parce qu’ils le ressentent comme un confort visuel.

Conclusion: Vendez les filtres bleus pour améliorer le confort visuel et non sous des arguments de santé pour l’oeil.